L'expert des relations

sociales et syndicales

Le point sur un nouvel acteur social : ATTAC

'La deuxième assemblée générale d'ATTAC (Association pour la Taxation des Transactions financières et pour l'Aide aux Citoyens) a rassemblé 1.400 personnes à Saint-Brieuc, le dernier week-end d'octobre 2000. L'organisation d'une 'grande manifestation' le 6 décembre à Nice, en marge du sommet européen qui aura lieu dans cette ville, aété décidée. Cette manifestation sera une 'protestation citoyenne face à l'Europe libérale et à la Charte des droits sociaux qui nous emmène vers le bas', a déclaré Serge Lequéau, membre de l'Association. Attac demandera également la fin des pavillond de complaidance, après la catastrophe de l'Erika, et la suppression des paradis fiscaux'. ('Les Echos ', 30 octobre 2000)

ATTAC est née de l’éditorial de décembre 1997 d’Ignacio Ramonet dans le Monde Diplomatique : " Désarmer les marchés ", suivi d’une réunion au journal ’le Monde’, en mars 98, visant à réfléchir à comment promouvoir une rupture avec’l’hégémonie de l’ultralibéralisme par la construction d’alternatives crédibles portées par le plus grand nombre’. L’association naissait officiellement en juin 1998.

Il s’agit pour les créateurs de ’faire de la politique, mais autrement’, de’développer l’action ici et maintenant’, dans le cadre’d’une stratégie de rassemblements larges et unitaires permettant à chacun de peser, en lien avec d’autres manifestants dans le monde’. Deux thèmes vont être privilégiés au départ :

-’enrayer les méfaits de la mondialisation financière par un sursaut civiquemilitant’ -’taxer les transactions financières’(selon la ’proposition’ du prix Nobel d’économie américain James Tobin de taxer les transactions spéculatives sur les marchés des devises). La ’loi Tobin’ est soutenue et promue, pendant le deuxième trimestre 2000, par le Premier ministre et le ministre des finances français ; le ministre des finances se désolidarisant ensuite à partir de l’été 2000.

’L’ennemi financier, un thème fédérateur’ déclarent chacun de leur côté Alain Touraine et Pierre Bourdieu. Ce thème va être retenu et décliné par ATTAC ( agir ensemble contre la spéculation financière), ainsi que par la Coordination pour le Contrôle Citoyen de l’Organisation Mondiale du Commerce (CCCOMC).

La vie d’ATTAC est jalonnée de plusieurs dates importantes :
- juin 98, sa création.
- janvier 99 : l’autre Davos, et un livre : ’Contre la dictature des marchés’
- Juin 99 : le ’tremplin des rencontres internationales à Paris’ : 80 pays, organisation : ATTAC, CADTM (Comité pour l’Annulation de la Dette au Tiers Monde), Coordination Internationale contre les Clônes de l’AMI, Forum Mondial des Alternatives, Dawn, ainsi que le Conseil Général de Seine Saint Denis et le fichier/relations du journal ’Le Monde’.
- novembre 99 : ’le monde n’est pas une marchandise’, à l’initiative d’ATTAC, CCCOMC et de la Confédération Paysanne, à Seattle, qui devient le ’Dien Bien Phu de la mondialisation libérale’ : l’établissement d’un contrepouvoir international : ’les revendications de démocratisation et de transparence de l’OMC trouvent un écho dans les déclarations de Jospin à Tokyo, position qui traduit l’évolution de l’opinion publique’ ’Via Campesina a fait du R.V. de Seattle une grande session de travail sur la mondialisation : 70 délégués venus de 30 pays’, rapporte José Bové. Viennent voir le CCCOMC à Seattle (dont ATTAC, Droits Devant, AC !, J.C. Amara, Pierre Tartakowski, Agnès Bertrand, Danielle Mitterrand sont membres) : Dominique Voynet, Jack Ralite, Guy Hascouët, J.Claude Lefort, Harlem Désir, députés.
- janvier 2000 : Erika, permet la constitution de ’comités anti-marée noire’, et un colloque :’Face à la mondialisation libérale, les collectivités ancrage du sursaut citoyen’.

ATTAC est une association, pas une fédération. Son organisation est horizontale, dans la logique des réseaux, et non pas verticale. Elle utilise les services de 200 traducteurs bénévoles dans 10 langues, sur un site en 4 langues, où les lieux de rencontre sont des listes de travail et des forums électroniques. Elle produit des documents de référence, des synthèses : un vaste réseau d’information en temps réel, se veut un ’gisement d’informations’, source d’argumentaires, d’auto-formation, ’puissants outils de coordination, de la pétition électronique jusqu’à la manifestation en passant par la conférence électronique ’ (plus de 5000 documents, 800 000 connexions mensuelles sur 90 pays) : un véritable engouement. En amont d’ATTAC, et dont l’association revendique la filiation, on trouve la Ligue de l’Enseignement (créée 1866), qu’ATTAC estime actuellement ’décalée avec les organisations du mouvement social’. ATTAC se définit comme un ’mouvement d’éducation populaire tourné vers l’action’, un ’producteur de démocratie, de citoyenneté active’, et se fédère autour de l’idée ’comprendre pour agir’. L’association bénéficie aujourd’hui d’un réel engouement, entretenu par ’le Monde’, avec 2000 adhérents, dont 1000 personnes physiques (notamment l’adhésion au deuixième trimestre 2000 de 120 députés de la ’gauche plurielle’ - un cinquième des membres de l’Assemblée Nationale - 60 sénateurs et quelques députés européens menés par Harlem Désir), mais aussi un millier de personnes morales, dont 450 syndicats, 300 associations, 150 sections de partis politiques, s’y ajoutant la création de clônes, au Québec, au Brésil, et dans la plupart des pays de l’Union européenne.

Ses leaders sont :
- Président : Bernard Cassen, le président du ’Monde Diplomatique’,
- Vice Présidents : François Dufour, secrétaire national et porte-parole de la Confédération paysanne et Susan Georges, de ’l’International Forum on Globalization’,
- Secrétaire Général : Pierre Tartakovski, responsable d’Options (hebdomadaire de l’UGICT-CGT).

Ses objectifs sont définis ainsi :

1- ’Faire de la politique autrement’ : développer et promouvoir le ’refus de la pensée économique unique, le refus de la sujetion de la démocratie à l’autocratie financière’. Elle ne veut pas être un parti politique, refuse la présentation de candidats à des élections, n’a pas de logique électoraliste, pas de position sur un candidat - ’sauf contre l’extrême droite’. 2- ’Agir par delà les frontières’ et ’se réapproprier l’avenir du monde’ : ’reconquête des espaces perdus par la démocratie au profit de la sphère financière, et conquête de nouveaux espaces’. 3- développer une organisation en réseau (98 : le combat contre AMI -Accord Multilatéral sur l’Investissement- a montré l’importance d’Internet) ’La structuration participe de la logique des réseaux électroniques’.

Ses principes, décrits dans le document d’orientation interne du 18 03 2000, sont :

* la laïcité, * l’indépendance (pas instrumentalisation), * la pluralité, * l’action, ’dimension majeure de l’indépendance’.

L’objet de l’association est, en application de ces principes :

- de développer des ’pratiques ’citoyennes’, ’formes de démocratie participative pouvant devenir de sources d’inspiration pour l’ensemble de la société’ : des points d’appui qui, mis en perspective, suscitent de nouveaux champs de réflexion, d’intervention et d’action, pour une ’authentique démocratie locale’,
- d’aller vers un ’nouvel internationalisme’, ’du contre-pouvoir international en construction à la demande d’alternatives’ : agir internationalement, ’’ créer au niveau mondial un espace démocratique’’ (texte adopté par la réunion internationale des 11 & 12 décembre 98 : Marche internationale des chômeurs, campagne sur la dette liée au Jubilé 2000, mobilisation contre AMI, contre DAVOS (’forget aid, compete’), ’L’autre Davos’ (’Les actions réussies de reconquête de la terre par les paysans du Brésil et de Madagascar, les batailles exemplaires des ouvriers sud-coréens, l’utilisation efficace d’Internet par le mouvement zapatiste au Chiapas ou par Amnesty International ou par les épouses/mères-filles des disparus sous Pinochet au Chili’...) , contre la Banque Mondiale, le FMI, l’OMC, ... ’Nous défendons cette mesure (la taxe Tobin) comme premier pas vers la construction d’une économie mondiale dans laquelle la croissance irait de pair avec la redistribution des revenus et avec la justice sociale’.

Ses thèmes sont repris par les médias, notamment par ’le Monde’, et beaucoup d’autres grâce à l’utilisation du réseau du Monde. Elle a diversifié son action, pour ne pas ’enfermer dans une stratégie ’mono-produit’, et développe aujourd’hui 4 thèmes principaux :

- la lutte contre la dette des pays pauvres, - la lutte contre la criminalité financière (exigence d’abolition des paradis fiscaux), - la lutte contre la spéculation financière (Tobin), - la lutte contre les traités commerciaux inégaux.

On retrouve des thèmes déclinés par d’autres organisations transversales, comme la Confédération paysanne : la mise en friche de terres agricoles, la dégradation de l’environnement, ’empêcher le hold up des transnationales sur le vivant, contre la biotechnologie Terminator, contre le viol du public par les OGM, contre Génoplante ou la main-mise du privé sur la recherche publique’.

ATTAC décline ainsi une thématique particulière contre :

- la délocalisation d’entreprises,
- le développement d’une logique de profit dans les services publics,
- les opérateurs privés et les ’appétits insatiables de la sphère financière’.

... autour du programme d’action suivant : 1- Répondre aux besoins de démocratie locale :

- face aux décisions économiques qui ’relèvent du fait accompli, lutter concrètement’ ; - face à la connivence des opérateurs privés, promouvoir un observatoire des collectivités locales ; - lutter pour le droit de vote des étrangers, ’exigence démocratique’.

2- Répondre aux besoins de financement : une partie essentielle de la richesse réelle des entreprises échappe à l’impôt grâce à la financiarisation de l’économie. Il faut la refiscaliser.

3 - Répondre aux besoins de développement :

- donner aux pouvoirs publics les moyens de jouer leur rôle d’acteurs économiques ; - aider à promouvoir une politique publique volontariste sur l’emploi ; - lutter contre la marchandisation.

4- Répondre aux besoins culturels et répondre aux besoins d’échange et de coopération face à la mondialisation.

Quatre chantiers sont en cours actuellement :

1- après l’Erika, sanctionner la grande criminalité écologique et instaurer la responsabilité pénale personnelle des PDG. Action : solidarité avec les populations frappées par la marée noire. 2 - La taxe Tobin, en tant que fil conducteur pour mener le débat international. 3 - agir localement sur l’impact de la mondialisation libérale. Thèmes à mettre en avant :

* délocalisation d’entreprises, * dégradation de l’environnement, * fiscalité des collectivités, * fragilisation des pouvoirs publics, * tension des rapports de force entre collectivités et prestataires : eau, traitement des déchets, transports, restauration collective, ...

4 - contre la ’spéculation boursière à l’école’ (jeu

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