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sociales et syndicales

Nouvelles difficultés pour la presse CGT

Le 1er décembre prochain, " L'hebdo de l'actualité sociale " CGT présentera les lignes directrices du nouvel hebdomadaire qui sera lancé le 2 mars 2001.

Il a beaucoup été question, ces jours derniers, des changements opérés à la direction du quotidien du Parti communiste " L’Humanité " : remplacement de Pierre Zarka, son PDG, par Patrick Le Hyaric, mise à l’écart de Claude Cabanes, son directeur de la rédaction, au profit de Pierre Laurent, ouverture du capital social (détenu aujourd’hui à 100 % par le PCF). L’objectif est clair : tenter d’enrayer la chute vertigineuse des ventes depuis plusieurs années, contenir le déficit financier (29,2 millions de francs en 1999) et maintenir en vie un des derniers vestiges de l’empire du Parti.

C’est un peu la même révolution qui se produit à la CGT. Le 2 mars prochain, un nouveau journal confédéral prendra le relais de " L’hebdo de l’actualité sociale - La Vie ouvrière ".

Créé en 1909, l’hebdomadaire de la CGT avait adopté son titre actuel en 1993. Sa vocation était large : être diffusé auprès de tous les salariés. Les statuts de la CGT précisaient naguère (article 35) : " Chaque adhérent a pour but de lire régulièrement La Vie ouvrière ". L’intention n’a pas été réalisée. Avec 33 000 lecteurs réguliers revendiqués, l’hebdomadaire est aujourd’hui loin de toucher les 700 000 adhérents déclarés de la confédération et, à plus forte raison, les 20 millions de salariés français.

La chute de la diffusion est impressionnante. A la Libération (la CGT revendiquait alors près de cinq millions d’adhérents, avant son contrôle par les communistes et la scission avec Force ouvrière) et dans les années 1950, la V.O. connaissait un tirage moyen de 400 000 exemplaires.

En 1985, ce tirage n’était plus que de 120 000 exemplaires, moyenne incluant le célèbre " V.O. Impôts " à gros tirage (jusqu’à 2 millions d’exemplaires dans les années fastes).

Le rapport présenté au 46ème congrès confédéral (Strasbourg, janvier 1999) relevait que l’hebdomadaire restait sur une pente négative : 49 470 exemplaires au 1er janvier 1995, 39 662 au 1er janvier 1999. Fin 2000, la moyenne des ventes dépasse à peine les 30 000 exemplaires.

Il fallait réagir. Depuis le 46ème congrès, plusieurs scénarios ont été travaillés, portant sur la périodicité, le contenu, le public, le prix. Après bien des débats internes et quelques remous (ainsi une grève du personnel en mars 2000, la première en 90 ans d’histoire du journal), le Comité confédéral national (CCN) de la CGT a tranché. Dans sa réunion des 26 et 27 juin dernier, le CCN a opté pour un hebdomadaire de 32 à 40 pages, format grand magazine, au prix de cinq francs. Tout comme Alain Guinot a succédé à François Duteil en avril 1999 à la direction de l’hebdomadaire, la rédaction va être renouvelée, avec un nouveau directeur de la rédaction, Jean-François Josselin et un nouveau rédacteur en chef, Jean-Philippe Martinez.

En réduisant ainsi la voilure de son hebdomadaire (moins de pages, une vingtaine de postes supprimés, dont 12 journalistes sur les 90 membres de la rédaction), la CGT ambitionne de partir à la reconquête de son électorat. Le tirage doit être plus que doublé pour atteindre l’équilibre financier, aux alentours de 70 000 exemplaires.

Le 2 janvier prochain, le n° 0 du journal sera diffusé et le lancement se fera le 2 mars 2001.

Plutôt qu’un journal susceptible de sensibiliser l’ensemble du monde du travail (la diffusion en kiosque va, au contraire, être supprimée), la CGT cherche, pour l’essentiel, à colmater les brèches internes, financières et aussi militantes. Le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, le déclarait au CCN de juin 2000 : " Même si on passe par des formules d’abonnements et donc d’envoi au domicile des syndiqués, ça ne peut être gagné qu’avec un engagement militant de l’ensemble de nos forces. Alors, c’est vrai que ça nous amène à faire le constat de la distance prise entre le corps militant et le journal, c’est-à-dire qu’on a un terrain à remonter qui est assez considérable dans bon nombre de nos organisations ".

Un journal syndical, c’est bien connu, ne sert pas seulement à diffuser des idées ou à témoigner des initiatives militantes ; il permet aussi d’organiser, en interne, les équipes syndicales, de les rassembler et de les motiver sur un objectif concret. L’acte de diffusion d’un journal n’est pas seulement un acte de propagande, c’est aussi un acte d’organisation collective.


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