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sociales et syndicales

Congrès confédéraux et élections prud'homales, les ambitions syndicales

En moins de deux ans, trois confédérations syndicales sur cinq auront changé de dirigeant. Poser un regard sur les congrès confédéraux, c?est aussi observer le positionnement de chaque organisation et son évolution possible.

- CFDT : objectif = 1 200 000 adhérents -

Le congrès de la CFDT (27 au 31 mai 2002 à Nantes) a ouvert la voie. Comme prévu et sans difficulté aucune, François CHEREQUE a succédé à Nicole NOTAT au poste de secrétaire général de la confédération. Dix ans après son arrivée mouvementée à la tête de la CFDT, Nicole NOTAT a laissé à son successeur une organisation apaisée (« normalisée » diront certains), modernisée dans son fonctionnement et dans ses projets.

Les élections prud’homales du 11 décembre prochain sont attendues, au sein de la CFDT, avec l’objectif de confirmer l’audience auprès des cadres. En 1997, la CFDT avait devancé la CFE-CGC dans la section encadrement où elle obtenait 31,49 % des suffrages exprimés contre 21,89% à la confédération conduite aujourd’hui par Jean-Luc CAZETTES. Autre visée : mordre davantage sur l’électorat CFTC, creuser l’écart avec Force Ouvrière, concurrencer la CGT (362 000 voix les séparaient en 1997) et ’ambition suprême- se poser en interlocutrice privilégiée des autres organisations syndicales en Europe. L’objectif de 1 200 000 adhérents d’ici cinq à sept ans demande à être réalisé tout à la fois par une « croissance interne » (augmentation du nombre d’adhérents) et par une « croissance externe » (regroupement syndical sous la conduite de la CFDT, comme le préfigure le rapprochement avec l’UNSA).

- CFTC : redresser la barre -

A un mois du scrutin prud’homal, la CFTC a tenu son congrès à Toulouse, du 12 au 15 novembre 2002. Le secrétaire général en exercice, Jacky DINTINGER, a été sans difficulté reconduit dans ses fonctions. Il avait, il y a deux ans, succédé à Jacques VOISIN. Ce dernier, alors nommé vice-président, a succédé à Alain DELEU à la présidence.

Pour l’organisation syndicale d’inspiration chrétienne, ce passage de relais est moins un problème de personnes que de positionnement. L’affaiblissement général du syndicalisme français, les exigences en représentativité de l’UNSA et du groupe des Dix tout comme le projet CFDT, partagé par la CGT et appuyé par une partie du MEDEF, de modifier les règles de la négociation collective (et conduire la CFTC à trouver place sous l’aile protectrice de la CFDT) expliquent le grand enjeu des élections prud’homales pour cette organisation : maintenir, voire améliorer, le score de 1997 (en régression par rapport à 1992) et, par là, gagner du temps pour organiser sa croissance interne et se choisir un positionnement externe qui ne soit pas celui de l’isolement ou celui de la force d’appoint.

- CGT : choisir sa ligne -

Le congrès de la CGT, initialement prévu un an plus tôt, se tiendra à Montpellier du 24 au 28 mars 2003. Ce report discret d’échéance aura permis à l’organisation de Bernard THIBAULT de ne pas avoir à organiser et commenter un congrès quelques mois avant le scrutin prud’homal. Tout le contraire de la CFTC, comme on le voit.

Le renouvellement de l’équipe dirigeante autour de Bernard THIBAULT va faire l’objet de dosages délicats. La CGT cherche son ouverture vers une démarche plus syndicale, sans pour autant laisser le terrain de la contestation radicale aux organisations syndicales émergentes, de type SUD. La quasi-disparition du Parti communiste de la scène politique et la montée des militants trotskystes (Lutte ouvrière au sein de la CGT, LCR au sein de SUD ou ATTAC) ne facilitent pas le travail de la direction confédérale, désormais confrontée à l’expression de conceptions différentes de l’avenir. A ce jour, la ligne de Bernard THIBAULT tente de concilier deux orientations : contestation et mobilisation d’une part, proposition et négociation d’autre part.

Le congrès de Montpellier devra, sauf à faire faire à la CGT un sur-place inquiétant pour elle, donner quelques signes quant à la préférence accordée par la nouvelle direction à l’une de ces deux grandes orientations.

- CFE-CGC : garder le leadership chez les cadres -

Dix mois après les prochaines élections prud’homales, c’est-à-dire en octobre 2004, la CFE-CGC tiendra son congrès confédéral à Toulouse. A ce jour, le changement d’équipe dirigeante n’est pas affiché. Jean-Luc CAZETTES, président, et Jean-Louis WALTER, secrétaire général, n’abordent pas le sujet, dans une organisation qui, sur ce point bien apaisée, ne le demande pas vraiment. La préoccupation est ailleurs. Devancée en 1997 dans la section encadrement par la CFDT, la CFE-CGC tente de regagner du terrain aux élections prud’homales prochaines. Plus médiatisées que les élections dans les caisses de retraite des cadres (où la CFE-CGC conserve la première place), les élections prud’homales feront l’objet de larges commentaires, concernant le leadership syndical chez les cadres.

Par delà l’échéance prud’homale, la CFE-CGC doit tracer son positionnement futur, dans un monde du travail qui voit s’effacer progressivement la frontière entre cadres et non-cadres. Sa place dans le concert syndical européen n’est pas plus facile, même si un accord vient d’être effectivement trouvé pour établir une place à la CFE-CGC au sein de la Confédération européenne des syndicats.

- Force ouvrière : gérer les mécontentements catégoriels -

Pour sa part, Force Ouvrière a choisi de banaliser le prochain scrutin prud’homal et de prendre quelque liberté ’plus encore que la CGT- avec l’intervalle habituel entre deux congrès confédéraux, en fixant son prochain congrès en 2004, du 3 au 7 février à Villepinte.

D’ici là, Marc BLONDEL aura le temps de préparer sa succession. Si deux noms circulent (Jean-Claude MAILLY et Jean-Claude MALLET), au profil assez différent, la préférence de Marc BLONDEL est soigneusement préservée. Le secrétaire général achèvera alors un mandat de quinze années (il avait succédé à André BERGERON en 1989).

Pour l’heure, Force ouvrière découvre de nouvelles marges de manœuvre, profitant tout à la fois de la notoriété de son leader (alors que celle de François CHEREQUE, de la CFDT, n’est pas encore établie et que celle de Bernard THIBAULT, de la CGT, peine à s’affirmer), du regain d’intérêt que lui porte le nouveau gouvernement et de sa capacité à gérer les mécontentements catégoriels (fonctionnaires, transporteurs routiers, etc...) et les réflexes conservateurs du monde du travail (retraites, statuts divers). Ce dernier point constitue, sur le court terme, un atout électoral pour les élections prud’homales. Il n’exprime pas, en revanche, une ligne directrice dynamique pour l’avenir. Le successeur de Marc BLONDEL aura à intégrer dans son programme quelques impératifs du changement, sauf à courir le risque de scléroser le discours et le comportement de son organisation.

En moins de deux ans, trois organisations syndicales sur cinq auront donc changé de dirigeant. Tandis que les élections prud’homales du 11 décembre 2002 auront mesuré, à travers le taux de participation, l’audience du syndicalisme auprès des salariés et auront fourni au gouvernement un indicateur sur la sympathie recueillie par chaque organisation, indicateur utile à la poursuite de sa politique de relations avec les syndicats.

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