L'expert des relations

sociales et syndicales

Lu pour vous : « Qu'est-ce que Sud solidaires ? »

Un petit livre - bien fait - de 128 pages présentant le syndicat SUD et rédigé par ses soins.

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Qu’est-ce que Sud solidaires ?

La collection de cet éditeur a pour ambition de faire présenter par les responsables des principales organisations syndicales leurs formations, leur histoire, leur fonctionnement, leurs options de société. Elle pourrait presque porter comme sous-titre : cent minutes pour convaincre.

Le titre consacré à Sud Solidaires répond bien à cet objectif, même si le mode de fonctionnement des « différents syndicats Sud et Solidaires » a conduit à modifier légèrement la structure du volume par rapport aux précédents de la collection. Il s’y manifeste notamment la volonté d’affirmer un pluralisme de parole, et celle de combattre toute personnalisation. Sud Solidaires n’oublie pas qu’il s’est construit principalement à la fois en réaction d’exclusions de militants par certaines organisations syndicales traditionnelles et à partir de la déception ’ le mot est trop faible ’ d’accords conclu au sommet, qui ne correspondent pas, selon lui, aux aspirations de la base.

« Être un véritable contre-pouvoir en toute circonstance, être une véritable force collective d’action collective et de solidarité ! ». Ce slogan d’Annick Coupé résume bien l’originalité de ce qui apparaît comme une galaxie. Car Sud Solidaires est le regroupement à fin 2001 de trente deux organisations syndicales professionnelles (dont on trouvera la liste à jour en août 2002 en fin de volume), ce qui implique une grande diversité ! Contre-pouvoir signifie d’abord une méfiance contre tout pouvoir. De ce fait Sud et Solidaires vont en premier lieu manifester que toute alliance avec un pouvoir quel qu’il soit est contre nature. Dans le paysage économique, la fonction d’un syndicat n’est pas d’abord, selon les auteurs, de conclure des accords, mais d’engager la lutte avec des personnes et des structures dont les intérêts ne peuvent être que divergents. Ensuite, au sein même du fonctionnement, il existe une méfiance intrinsèque contre les risques de gangrène que peut apporter l’exercice de n’importe quel pouvoir.

Force d’action collective et de solidarité : la parenté est manifeste, voulue et revendiquée avec tout mouvement pour lequel la solidarité n’est pas un vain mot. Attac, Agir contre le chômage ou autres sont présents au fil des pages et un soutien actif est affirmé envers tous les combats des « sans droits ». Deux raisons président à cette parenté : le principe de base que le syndicalisme n’est pas étranger à un regard global critique sur la société et ses évolutions, la conviction aussi qu’à des projets il faut opposer des arguments, des dossiers argumentés, sérieux et solides.

« Chacune et chacun a le droit de travailler et d’obtenir un emploi », « tout être humain peut défendre ses droits et ses intérêts par l’action syndicale et adhérer au syndicat de son choix », « tout salarié est concerné par la détermination collective des conditions de travail ainsi que par l’évolution des entreprises » : cette plate-forme constitue les trois grands principes pour l’action. Ils portent en eux-mêmes un grand pragmatisme et un regard critique sur la société qui les apparente parfois à ce que dans les années 68 les militants mao-spontex voulaient mettre en œuvre (référence à l’idéologie maoïste et spontanéité de l’action dans le cas de ces derniers). Dans ce mélange de corporatisme et de regard critique, « trouver des convergences, dégager des alternatives » se fait sur un fond politique affirmé. « Le syndicalisme doit retrouver une dimension internationaliste pour pouvoir lutter contre les multinationales, contre la précarisation généralisée du salariat d’un bout à l‘autre de la planète ».

Dans cette logique, la créativité est quotidiennement à l’ordre du jour de l’action, tout comme l’utilisation de failles juridiques. Thierry Renard, conseiller juridique du Groupe des 10, dont le portrait porte comme sous-titre « l’amour de la contradiction » raconte ainsi que la nomination d’un délégué syndical central de Sud à FranceTelecom en 1993 s’est faite par l’envoi d’une lettre le 18 décembre prenant de court la direction qui n’a pas été en mesure d’en contester dans les délais la nomination et qu’un contractuel de droit privé a pu être ainsi officiellement nommé ! Et ce n’est pas le seul exemple d’une telle démarche. Il y a ainsi chez les militants de Sud un côté « joueur et conquérant » avec des « coups de poker » pour leur cause.

A tous ceux qui quotidiennement (ou même épisodiquement) font l’expérience du militantisme agressif de Sud Solidaires, ce petit ouvrage permettra de comprendre des motivations. Avec un déroutant souci de pragmatisme dans la solidarité.

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