L'expert des relations

sociales et syndicales

Les organisations étudiantes et lycéennes en France

Les manifestations « anti-CPE » auront été l'occasion d'actions syndicales unitaires, faisant converger les efforts de 12 organisations. C'est-à-dire 8 organisations syndicales de salariés (CGT, FO, CFDT, CFTC, CFE-CGC, FSU, UNSA, SUD-Solidaires) mais aussi 4 organisations étudiantes et lycéennes (UNEF, Confédération étudiante, UNL, FIDL). Où en est le « syndicalisme étudiant » en France ?

Les associations d’étudiants ont commencé à exister sous la Troisième République, après la défaite de 1870, dans la période de reconstruction. Jusqu’alors, au XIXè siécle, les étudiants n’avaient guère marqué de solidarité entre eux. Des « Associations générales d’étudiants » se constituent : Nancy 1877, Lille 1881, Paris 1884, etc.

Qualifiées de « générales » parce qu’elles ne sont pas « particulières » (elles ne sont pas réservées à une catégorie : politique, religieuse, etc), ces AGE se développent rapidement. Chaque ville universitaire en est dotée.

En mai 1907, à Lille, des AGE se fédérent en une « Union nationale des associations générales d’étudiants de France », dont le sigle est rapidement contracté en UNEF (Union nationale des Etudiants de France).

De la création de l’UNEF il y a presque un siècle, à nos jours, le mouvement étudiant présente plusieurs traits caractéristiques :

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1. c’est un phénomène aujourd’hui ancien, mais qui est toujours resté très modeste dans ses effectifs et son audience (les élections aux CROUS et au CNESER font l’objet d’un taux de participation presque dérisoire) ;

2. c’est un phénomène éclaté en plusieurs associations et mouvements, eux-mêmes sujets à de fréquentes scissions internes, voire (plus rarement) à des réunifications. C’est notamment le cas de l’UNEF ;

3. ce mouvement peut difficilement être qualifié de syndical, même si le langage courant parle de « syndicalisme étudiant » et même si la Charte de Grenoble (1946) de l’UNEF affirme que « l’étudiant est un jeune travailleur intellectuel ». Les mouvements étudiants sont, en fait, régis par la loi de 1901 sur les associations et non pas par la loi de 1884 sur les syndicats professionnels. Un étudiant n’est pas un salarié. Il n’a pas d’employeur, pas de contrat de travail, aucune obligation de subordination ne le lie à sa faculté. Il n’est pas concerné par le droit du travail et le droit de grève ne s’applique pas à lui. La « grève étudiante » consiste, en fait, à « sécher les cours » ou ne pas faire le travail demandé, la seule sanction étant la difficulté à acquérir le niveau de connaissance requis au concours ou à l’examen ;

4. c’est un phénomène qui a toujours été influencé par les courants et les partis politiques. Ceux-ci, qui disposent généralement d’une branche « jeunes » (les Jeunesses socialistes, les Jeunesses patriotes, etc dans l’entre-deux guerres ou bien, dans les partis actuels, les sections Jeunes) ont très souvent été tentés de contrôler ou d’inspirer les associations et mouvements étudiants ;

5. les organisations syndicales de salariés ont toujours échoué dans leurs tentatives de constituer des « têtes de pont » durables dans le monde étudiant. On peut trouver à cet insuccès deux raisons. La première tient à la méfiance ou, à tout le moins, à l’incompréhension pouvant exister entre étudiants (appartenant à la sphère des intellectuels) et syndicalistes (exprimant une tradition ouvrière). La seconde raison tient aux différences d’approche de l’action collective et de l’engagement que l’on constate entre générations, singulièrement ces dernières années. Lorsque Bernard Thibault déclare « Il est bon que les jeunes bousculent les syndicats » (Le Monde, 30 janvier 2006), on peut lire cette déclaration comme une invitation à l’entrée des jeunes en syndicalisme tout comme on peut la lire comme le besoin, pour les générations de militants traditionnels, de se remettre en cause ;

6. les mouvements et associations étudiants ont été l’occasion, pour de jeunes esprits ambitieux et talentueux, de s’exercer aux premiers pas de l’engagement public. Nombreux sont les dirigeants politiques actuels, à gauche comme à droite, qui ont « effectué leurs classes » en politique au sein d’associations étudiantes dont ils furent les dirigeants.

Ces généralités énoncées, il peut être utile de dresser un très rapide descriptif des grandes associations étudiantes et lycéennes actuelles.

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UNEF

- L’UNEF(Union nationale des étudiants de France), créée en 1907, a connu de 1971 à 2001 une grave scission, qui s’est traduite par la co-existence de l’UNEF-ID (Indépendante et démocratique, proche de la gauche non communiste) et de l’UNEF-SE, proche du Parti communiste. En juin 2001, l’UNEF s’est retrouvée unie. Son président Yassir Fichtali a laissé la place, en juillet 2005, à Bruno Julliard, son président actuel. Fils du maire socialiste du Puy en Velay et très proche du courant Emmanueli-Mélanchon au sein du Parti socialiste, Bruno Julliard (25 ans, étudiant en mastère recherche de droit public à Lyon) affirme cependant afficher une distance avec le PS. L’UNEF revendique près de 30000 adhérents. L’UNEF s’est trouvé en pointe dans les manifestations récentes contre le « CPE ».

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FAGE

- Moins connu que l’UNEF,la FAGE(Fédération des Associations générales étudiantes) a été créée en1989 et regroupe 1400 associations. Aux toutes récentes élections des Centres régionaux des œuvres universitaires et scolaires (CROUS), fin mars 2006, la FAGE a (dans un scrutin au taux de participation très faible : 4,41 % des inscrits) devancé l’UNEF. Celle-ci obtient 36 sièges (contre 89 en 2004) alors que la FAGE conquiert 79 sièges (au lieu de 33 en 2004) et l’UNI 24 sièges.

Son président actuel est Jean-François Martins, étudiant en licence pro-Management des organisations de l’économie sociale à Marne la Vallée.

La FAGE s’est exprimée, ces dernières semaines, contre le projet de « CPE » mais également contre les blocages et occupations des facultés.

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UNI

- L’UNI(Union nationale interuniversitaire) a été créée en décembre 1968, pour exprimer un projet universitaire sachant tenir tête aux conceptions communistes et gauchistes très présentes alors dans l’Université.

Son délégué général actuel est Olivier Vial. L’UNI revendique 25000 adhérents.

Traditionnellement proche des milieux gaullistes, l’UNI a apporté un soutien significatif à Jacques Chirac lors de la campagne présidentielle de 1995.

L’UNI a fermement condamné les occupations de facultés ces dernières semaines et a manifesté sa compréhension pour la réforme du CPE.

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Confédération étudiante

- La Confédération étudiante(CE) est née en 2003, d’une scission au sein de l’UNEF, lors des manifestations contre les réformes du ministre Luc Ferry. Favorables à la réforme LMD (licence-master-doctorat), les réformistes quittaient l’UNEF et créaient la nouvelle organisation, avec le soutien de Dominique Strauss-Kahn au PS et l’appui très concret de la CFDT.

La CE revendique 2000 membres. Sa présidente est Julie Coudry, étudiante de 26 ans en master d’administration économique et sociale à Paris 1.

Après une tentative précédente pour appuyer une association étudiante (entre 1982 et 1991 : PSA, c’est-à-dire « Pour un syndicalisme autogestionnaire »), la CFDT se lance à nouveau dans une action structurée d’implantation en milieu étudiant.

Du côté des lycées, deux organisations occupent le devant de la scène.

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FIDL

- La FIDL(Fédération indépendante et démocratique lycéenne) a été créée en 1987 et continue à entretenir des liens forts avec SOS-Racisme. La FIDL est également proche du mouvement « Ni putes ni soumises ». Le député Julien Dray au Parti socialiste et l’inspecteur du travail socialiste Gérard Filoche (dont la fille Léa a présidé la FIDL en 1997) soutiennent la FIDL.

Le président actuel est Tristan Rouquier, élève en 1ère S à Vitrolles.

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UNL

- L’UNL(Union nationale des lycéens) a été créée en 1994. Longtemps classée dans la mouvance de la gauche rocardienne, l’UNL se définit depuis 2004, comme un syndicat ancré à gauche, proche de la CGT et du Parti communiste.

Son président est Karl Stoeckel, 19 ans, élève de terminale ES du lycée Montaigne à Paris.

L’UNL, comme la FIDL, ont mobilisé leurs membres contre la réforme « CPE ».

Quelques « grands anciens » de l’UNEF

Ecole de l’engagement, l’UNEF a vu s’activer dans ses rangs et, pour certains, y prendre un temps des postes de direction, des étudiants qui, plusieurs dizaines d’années après, ont occupé des postes de responsabilité en politique, dans les affaires ou dans la presse et l’édition.

Parmi les « grands anciens » de l’UNEF, on peut ainsi citer : Christian Blanc (président de la Mutuelle nationale des étudiants en France en 1967), Jacques Delpy (secrétaire général de l’UNEF en 1956), Jacques Freyssinet (président de l’UNEF en 1959), Jacques Juillard (vice-président Outre-mer en 1956), Serge July (vice-président culturel en 1965), Etienne Mougeotte (vice-président international en 1963), Bernard Pons (vice-président international en 1952-1953). Et aussi le cardinal Jean-Marie Lustiger (un des animateurs du congrès de 1946), Philippe Séguin (étudiant aixois engagé contre la guerre d’Algérie), Michel Rocard ou le doyen Georges Vedel.

Pour éviter une lecture anachronique de ces itinéraires individuels, il est utile de préciser que l’histoire de l’UNEF n’a pas toujours été celle d’une organisation intellectuellement marquée à gauche. Le tournant idéologique s’est manifesté en 1956 (guerre d’Algérie) et, plus nettement encore en 1963-1968, lorsque les groupes communistes, maoïstes, trotskystes se sont développés, au détriment de la démarche corporative.

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