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sociales et syndicales

La CGT : combien de bataillons ?

Combien la CGT compte-t-elle de syndiqués ? L'objectif du million d'adhérents n'est pas encore atteint. La situation tourne autour de 700 000 adhérents revendiqués, avec un taux de renouvellement important. Les cotisations représentent officiellement, en tout cas, un tiers du budget confédéral.

Le regain des effectifs de la CGT était l’un des grands enjeux du second mandat de l’équipe Thibault. Lors de son dernier congrès - en 2003 -, le secrétaire général de la CGT déclarait que le « cap du million de syndiqués n’était pas inaccessible ». A l’automne 2004, un ambitieux plan de syndicalisation était lancé. Quel bilan dresser ?

Il paraît bien difficile d’évaluer les résultats qui ont été atteints. En toute hypothèse, ceux-ci semblent plus modestes qu’espérés... malgré le renfort d’une dizaine de milliers d’adhérents venus de la CFDT après la crise provoquée au sein de cette confédération par la réforme des retraites en 2003.

700 000 adhérents

A l’automne 2005, la CGT a affiché avoir dépassé la barre des 700 000 adhérents. Ce serait son meilleur résultat depuis longtemps (précisément depuis 1988).

Le rapport financier publié parLe Peupledu 30 novembre 2005 parle de 701 000 adhérents fin août 2005 (chiffre correspondant à l’exercice de 2004). Il indique également que le chiffre de l’exercice 2003 (arrêté en octobre 2005) serait de 654 832 adhérents. Enfin, le chiffre des adhérents pour 2001 s’élèverait à 669 074. On ne dispose pas des chiffres pour 2002 (mais - selon une autre source - il s’élèverait à 682 067 adhérents.

Le rapport d’activité - publié dansLe Peupledu 21 décembre 2005 - révise à la hausse ces chiffres. Il donne 685 136 adhérents pour 2003 et 709 062 adhérents pour 2004. Enfin, début avril 2006, la CGT revendiquait finalement 715 000 adhérents pour 2004 (voir« Les Etudes sociales et syndicales » du 14 avril 2006 : « La CGT en bref »).

Remettons tous ces chiffres en perspective.

Voici les effectifs selon le rapport financier pour le congrès de 2003 :

- 1998 : 642 253 adhérents (dont 143 704 retraités, soit 22% des effectifs)
- 1999 : 664 083 adhérents (dont 137 487 retraités, soit 21% des effectifs)
- 2000 : 670 218 adhérents (dont 133 359 retraités, soit 20% des effectifs)
- 2001 : 663 067 adhérents (dont 128 954 retraités, soit 19% des effectifs)

Mais au moment du congrès de 2003, 685 000 adhérents avaient été annoncés pour 2001.

Selon les données diffusées depuis le dernier congrès (2003), voici comment ont évolué les effectifs de la CGT :
- 2001 : 669 074 adhérents
- 2002 : 682 031 adhérents
- 2003 : 654 832 adhérents (rapport financier) ou 685 136 adhérents (rapport d’activité)
- 2004 : 701 000 adhérents (rapport financier) ou 709 062 adhérents (rapport d’activité)

On remarquera que - après le congrès de 2003 - les effectifs de 2001 ont étonnamment reculé... Est-ce pour augmenter la niveau de progression entre les congrès de 2003 et 2006 ?

En fait, il semble que les effectifs ont été stagnants dans la période de 2001-2003 (autour de 685 000 adhérents) avant de décoller - un peu miraculeusement - pour l’exercice de 2004 (le dernier à être rendu public avant le congrès de 2006).

En bout de course, cela permet de noter que la CGT aurait gagné au mieux 30 000 adhérents de 2003 à 2004, passant de 685 000 adhérents à 715 000, soit une progression de 4,4% (mais la confédération parle officiellement de 6,8%, voire 6,9% de progression).

Lors du mandat précédent - effectifs de 1998 à 2001 - les gains avaient été un peu plus importants : 43 000 adhérents, soit une progression de 6,7 %, pour s’en tenir aux données officielles. Mais là aussi, il y aurait beaucoup à dire...

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Interrogation sur les effectifs par fédération

Tous ces chiffres - assez voisins les uns des autres et plusieurs fois révisés - peuvent engendrer le doute. D’autant plus que - à la veille de son congrès de 2006 -, la CGT n’a pas détaillé ses résultats par fédération. Or, avant les congrès, elle publiait habituellement cette répartition de ses forces pour fonder celle de ses délégués au congrès. Cette répartition avait été publiée dansLe Peupledu 4 décembre 2002 (pour le congrès de 2003, il faut se reporter auPeupledu 4 décembre 2002). Rien de tel n’a été diffusé en amont du congrès de 2006. Cela conduit donc à s’interroger sur comment « est construit » le chiffre de 700 000 adhérents.

Nous avons pu retrouver toutefois - à travers la lecture de la presse syndicale notamment - quelques données fédérales.

Cela a permis de préciser les évolutions pour 12 des principales fédérations de la CGT, représentant 521 166 adhérents (soit les trois quarts des adhérents de la CGT).

Or, ce groupe des 12 fédérations les plus importantes n’a gagné que 1% d’adhérents de 2001 à 2004. Encore, ce chiffre constitue-t-il une hypothèse haute puisqu’il apparaît que 3 de ces fédérations ont pour l’exercice 2004 repris purement et simplement le chiffre de leurs effectifs pour 2001. Est-ce à dire que ceux-ci auraient en réalité baissé ? Dès lors, la réalité de la progression serait inférieure à 1%.

Le même groupe de fédérations avait gagné 5,6% d’adhérents au cours de la période 1998-2001.

Bien sûr, on pourrait soutenir que les autres fédérations - dont nous n’avons pas eu communication des résultats - auraient connu de fortes progressions, compensant la stagnation relative de notre « groupe des 12 ». Cela reste peu probable. Certaines de ces fédérations - ports et docks ou textile, par exemple - sont plutôt en reflux. Il faudrait alors que les organisations restantes aient connu des gains spectaculaires - environ 25% en moyenne - pour justifier la progression globale des effectifs de 4,4%. Faute de données sur le sujet, on ne peut que douter que de pareilles progressions soient intervenues. Dès lors, comment le chiffre de 715 000 adhérents peut-il s’expliquer ?

Le reflux des cotisations

Un dernier indicateur suscite l’étonnement : le volume financier représenté par les cotisations. Si la confédération compte en 2004 plus d’adhérents qu’en 2001, la logique voudrait que le volume de ces cotisations aient augmenté... d’autant plus que le prix de ces cotisations a légèrement augmenté. Or, ce n’est pas le cas. Bien qu’il y ait plus d’adhérents, payant des cotisations qui ont augmenté, le volume financier des cotisations a reculé de 1,2% de 2001 à 2004.

Bien sûr, on pourra soutenir que l’adhérent moyen de la CGT aurait vu son niveau de salaire reculer et, étant donné que les cotisations correspondent à un pourcentage des salaires, leur rendement aurait également reculé. Cependant, on ne dispose pas de données salariales - ou même sociologiques (ouvrièrisation par exemple) - qui permettent de démontrer pareille évolution. Les données sociologiques disponibles sur les équipes de direction - fédérales ou confédérales - montrent même plutôt l’inverse.

« Remplir un tonneau percé avec une passoire »

Toutes ces données semblent démontrer que les effectifs de la CGT ont finalement assez peu évolué depuis le dernier congrès. Sans doute sont-ils au mieux stagnants et proche de 700 000... sans que l’on puisse certifier s’ils se situent au-dessus ou au-dessous de ce niveau.

De surcroît, il semble que la CGT éprouve toujours des difficultés pour fidéliser ses adhérents. Leur turn-over demeure important. Ainsi, le rapport d’activité indique que, pour la seule année 2003, la CGT a recruté 46 640 adhérents nouveaux... mais - au total - de 2001 à 2004 la CGT n’aurait gagné que 30 000 adhérents. Cela signifie que beaucoup quittent la CGT chaque année. Au cours de cette période, il est probable que ce sont 100 00 à 150 000 salariés nouveaux qui ont rejoint la CGT... mais dans le même temps quelque 70 000 à 120 000 la quittaient. Cela signifie qu’en quatre ans, un cinquième des effectifs se serait renouvelé. Beaucoup s’en vont mais la CGT conserve une réelle force d’attraction... même si - selon le mot d’un militant - recruter des adhérents à la CGT c’est un peu comme « remplir un tonneau percé avec une passoire ».

Sur 700 000 adhérents, on peut estimer - selon diverses indications - que la CGT compte au mieux 550 000 salariés actifs. Cela signifie que le taux de syndicalisation à la CGT est légèrement inférieur à 2,5% du salariat.

Effectifs CGT : tableau de bord
Nombre d’adhérents en 2004 700 000(+ ou -)
Evolution des effectifs 2001-2004 + 4,4%(selon les données publiées) ;0 à 1%(estimation plus réaliste)
Evolution des cotisations 2001-2004 - 1,2%
Part des cotisations dans le budget confédéral en 2004 32,3%(hors personnels mis à disposition)
Syndiqués actifs 550 000(au +)
Renouvellement des effectifs 2001-2004 1/5en 4 ans (estimation)
Taux de syndicalisation à la CGT en 2004 2,5% des salariés(au +)


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