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sociales et syndicales

Le PC dans le rouge : une chance pour la CGT

À la Libération, un Français sur quatre votait communiste. En 2007, moins d'un Français sur cinquante croit encore au Parti communiste. L'effondrement électoral entraîne sa crise financière. Il accentue aussi sa perte d'influence sur la CGT.

La faiblesse historique des résultats du PCF au premier tour de l’élection présidentielle d’avril 2007 (1,9 % des suffrages exprimés), la perte annoncée de plusieurs sièges de députés et, dès lors, la disparition du groupe communiste à l’Assemblée nationale ont remis au premier plan les difficultés et, selon certains, l’anachronisme d’un parti qui a joué un rôle central dans la vie politique française, du Front populaire aux années 1970. Son idéologie a également largement influencé les recompositions à gauche, et notamment le Parti socialiste, lequel avait réussi à détourner à son profit une partie des électeurs communistes. On rappellera enfin les liens étroits qui unissaient le parti de la classe ouvrière au mouvement syndical et, singulièrement, à la CGT.

CGT et PC : un même écosystème

Aujourd’hui, plus personne ne conteste que les deux organisations ont longtemps composé un même « écosystème ». Depuis la Libération, tous les secrétaires généraux de la CGT sont passés préalablement par le comité central du PCF. L’actuel secrétaire général n’échappe pas à la règle, mais il s’est efforcé, depuis 2001, de construire une organisation syndicale plus indépendante. En 2005, l’épisode du traité constitutionnel européen et la mise en minorité de la direction de la CGT qui souhaitait voir adopter une position de neutralité, ont montré que le souhait de l’autonomie demeure une entreprise chahutée.

En 2005, les résultats du référendum sur le traité constitutionnel européen, après ceux des élections régionales de 2004 ont semblé démontrer aussi que le PCF regagnait des soutiens. On a même parlé de reconnaissance. Il s’agissait en réalité de succès en trompe-l’œil. Aux régionales, le PCF touchait simplement les dividendes de sa cartellisation avec le PS (ne se présentant sous ses propres couleurs que dans quelques régions où ils continuaient d’ailleurs de perdre des voix par rapport aux régionales antérieures). Il s’illusionnait aussi sur la « victoire » d’un « non de gauche » au référendum de 2005. Sans doute a t’il été un animateur de la campagne. Mais le vote « non » a mélangé en réalité bien des sensibilités diverses. Par la suite, il lui devient impossible de construire un leadership cohérent pour ce « non de gauche » mythifié qui est donc porté par des candidats et organisations divisés lors de l’élection présidentielle de 2007. Illusions et divisions expliquent finalement l’échec du PCF à ce scrutin.

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Ce résultat a relancé l’antienne de l’agonie du PCF, de sa « liquidation ». En particulier, la presse a multiplié les articles sur la faillite financière... à telle enseigne que le PCF a dû organiser le 5 juin 2007 une conférence de presse pour démentir que son siège national - le célèbre immeuble d’Oscar Niemeyer de la place du colonel Fabien - serait à vendre. Mais l’hypothèse d’une vente a bien été envisagée. Le PCF a cherché aussi à céder certaines œuvres d’art qu’il possède encore. On sait également qu’au moins une vingtaine d’immeubles dont il était propriétaire ont été vendus ces dernières années (dont, depuis 2004, l’ex-école centrale des cadres du Parti à Draveil et l’immeuble du boulevard Blanqui, dans le 13ème arrondissement de Paris, qui abritait Espaces-Marx). Enfin, il semble que L’Humanité cherche à céder une partie de ses locaux à Saint-Denis.

Réduire le train de vie

Il est vrai que le coût de la campagne de Marie-George Buffet va grever le budget du PCF de plus de 5 millions d’euros. C’est la campagne la plus chère parmi les petits candidats, celle d’Olivier Besancenot de la LCR étant évaluée par exemple à moins d’un million d’euros. La perte de sièges de députés va se traduire par un manque de recettes important pour le budget d’un parti très largement dépendant des reversements des indemnités perçues par ses élus. Les mesures d’économie qui vont s’imposer seront d’autant plus difficiles à admettre pour le PCF, qu’il a conservé un train de vie important, cherchant à continuer à jouer dans la cour des grands, malgré un effondrement électoral déjà ancien.

En effet, selon les derniers chiffres publiés (relatifs à 2005), le budget du PCF s’élève à 34 millions d’euros contre 49 millions pour l’UMP et 47 millions pour le PS. Comme on le voit, le rapport - budgétairement parlant - est inférieur à 1,5 entre le PCF et ces deux autres formations alors même que, sur le plan électoral, le PCF recueille 10 à 15 fois moins de voix. Ce déséquilibre ne pourra se maintenir encore bien longtemps, d’autant plus qu’il ne peut s’expliquer par les cotisations que verseraient des adhérents restés fidèles au parti. Ces cotisations comptent en réalité pour moins de 10 % des ressources d’un parti dépendant d’abord de son réseau d’élus.

Année Evolution du budget du PCF
(conseil national et fédérations)
1992 48 millions d’euros
1994 49 millions d’euros
1996 49 millions d’euros
2000 43 millions d’euros
2002 41 millions d’euros
2005 34 millions d’euros
Ressources du PCF en 2005 en%
Cotisations des adhérents 9%
Versements des élus 53%
Dons, souscriptions 14%
Aide publique 14%
Autres produits 10%

On peut estimer que les élections de 2007 conduiront le PCF à réduire son budget d’un tiers. Il envisage d’ores et déjà de licencier une partie de ses permanents. C’est une conséquence logique de son effondrement électoral. En 2008, les élections municipales se présentent comme une nouvelle épreuve pour lui.

Pour la CGT : un "nouveau" cours

Reste à se demander si, pour les dirigeants de la CGT, ce nouveau reflux électoral - et la réduction des ressources du PCF qui suivra - ne constitue pas une bonne nouvelle. Certes, la déception est réelle chez certains militants. C’est un nouveau coup dur pour une formation politique dans le giron de laquelle ils se sont construits individuellement et politiquement. Mais il s’agit d’une génération qui a maintenant plus de 45 ans, voire plus de 50 ans. Chez ces derniers, l’attachement au Parti et au communisme, un certain sentimentalisme, une nostalgie perdurent. Les plus jeunes ont pris plus de distance. D’ailleurs Marie-George Buffet n’a convaincu que 7 % des sympathisants de la CGT le 21 avril selon un sondage CSA sorti des urnes). Cette perte d’influence des communistes justifie d’autant plus le bien-fondé du nouveau cours de la CGT porté par la direction actuelle, sauf à être aspiré dans le même tourbillon que le PCF.

Le 4 juin dernier, lors d’un meeting à Dunkerque, Bernard Thibault rappelait que si la CGT veut confirmer son statut de premier syndicat et s’opposer à une « droite décomplexée », elle doit « jouer en équipe ». Cela signifie que « pour se faire entendre, il faudra rassembler largement les salariés et non miser sur une avant-garde isolée ». Il importerait donc de consolider un « nouveau cours » combinant « résistance » et « proposition » a rappelé le secrétaire général, ce qui ressemble aussi à une revanche de ce dernier sur les camarades qui l’avaient mis en difficulté en 2005. Mais l’appareil militant - notamment celui de fédérations du secteur public qui demeure culturellement proche du PCF - acceptera-il ce nouvel aggiornamento ? Rien n’est moins sûr. Une course de lenteur va sans doute se poursuivre... mais la CGT a désormais face à elle, au gouvernement, une équipe de joggers qui veut aller vite.

A lire dans "Les Etudes sociales et syndicales" du 16 septembre 2005 : "le PCF : de la mutation à la liquidation".

 

 

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