L'expert des relations

sociales et syndicales

Comment pratiquer la langue de bois dans les relations sociales ?

L'usage de la langue de bois n'est pas seulement le fait de la vie politique (« Répondant aux sollicitations pressantes de mes amis, j'annonce ma candidature... », signifie, en fait, « J'en brûlais d'envie depuis longtemps ») ou de la vie diplomatique (« L'entretien entre les deux présidents fut l'occasion d'échanges francs, directs et cordiaux », veut dire, « Ils se sont affrontés de façon féroce »). Dans l'entreprise aussi, les relations sociales sont concernées.

Pour pratiquer efficacement la langue de bois, il importe de s’y entraîner. Cela passe, en premier lieu, par des exercices de repérage.

On trouvera ici quelques exemples de la langue de bois utilisée par les syndicalistes, les patrons, les cadres. Nous serons heureux de recevoir de nos lecteurs le résultat de leurs propres observations.

1. La langue de bois du syndicaliste.

Lorsque vous entendez...Traduisez par...
L’entreprise Moritury vivra ! Manifestations, défilés et occupations d’usine n’y feront rien : l’entreprise Moritury n’en a pas pour longtemps à vivre.
Un mouvement social a été lancé. Tout est bloqué. C’est ce que l’on appelle un mouvement.
Pour s’opposer aux projets du gouvernement, les syndicats ont proposé de faire du 24 au 29 septembre 2007 une semaine de rassemblements et d’actions diversifiées. Le gouvernement ne doit pas s’en faire. En langage syndical, il s’agit d’un appel minimaliste à l’action.
Les travailleurs ont répondu favorablement à l’appel lancé par les syndicats pour une action unitaire et déterminée. Les travailleurs ne travaillent plus.
Le syndicat a consulté la base. Le syndicat a reçu des consignes claires de sa fédération au niveau national. La base, quoi !
Nous appelons à la poursuite de la lutte par d’autres moyens. On n’a pas obtenu satisfaction, on arrête la grève, on reprend le travail.
Ne touchez pas aux avantages acquis. Acquis ?
A qui ?
A nous !

2. La langue de bois du patron.

Lorsque vous entendez...Traduisez par...
Dans mon entreprise, je souhaite négocier avec des syndicats forts et responsables. Ah ! Si j’avais des syndicats qui acceptaient tout ce que je leur demande de signer.
Vos revendications sont manifestement déraisonnables. La raison serait que vous cessiez de revendiquer.
On a les syndicats qu’on mérite. Nos syndicats sont des nuls. Et nous, on ne sait pas faire avec eux.
Je souhaite m’engager dans une négociation gagnant/gagnant. Pile, je gagne ; face, tu perds.
Il est de notre devoir d’anticiper les risques des années à venir. Nous devons prévoir les problèmes qu’auront à traiter nos successeurs.
Le dialogue social reste toujours ouvert. La négociation a échoué. Je ne cèderai jamais.
Nous avons multiplié les instances de dialogue et de concertation : comité central d’entreprise, comité de groupe, comité européen, commission paritaire, comité qualité, comité consultatif, etc... Et avec tout ça, quand pourrons-nous vraiment travailler ?

3. La langue de bois du cadre.
(NB : c’est la langue qui est en bois, pas le cadre)

Lorsque vous entendez...Traduisez par...
Très attaché aux principes. Têtu.
Particulièrement fidèle au service où il s’est intégré. Incapable d’aller ailleurs. Personne n’en veut.
Potentiel illimité. Restera dans l’entreprise jusqu’à sa retraite.
Affirme des qualités de leader. Fort en gueule.
Apprécie son travail. On peut le faire travailler davantage.
Attentif aux valeurs de justice. Graine de syndicaliste. Méfiance.
Ira loin. Est le neveu du PDG.
Devrait aller loin. Il faudrait lui trouver une promotion, pour qu’il débarrasse le plancher.
Fait preuve de jugement. Chanceux, il ne s’est pas encore « planté ».
Sait s’adapter aux circonstances. Habile et carriériste.


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