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27 juillet 2011 par Philippe Darantière

Congrès de la CES : l’Europe sociale en débat

La Confédération Européenne des Syndicats (CES) a tenu à Athènes son 12ème congrès du 16 au 19 mai dernier. Un nouvel exécutif a été élu, avec le remplacement au secrétariat général de l’anglais John Monks par la Française Bernadette Segol. Le changement d’équipe s’est opéré dans un contexte économique et social particulièrement marqué par la crise grecque et par les politiques de rigueur qui s’installent partout en Europe. Dans ce contexte, que peut faire le syndicalisme européen ?

Le 12ème congrès de la CES a réuni près de 1000 délégués issus des 83 organisations membres, représentant 36 pays. Pour la France, la délégation était constituée de membres de la CGT, de FO, d’une députation commune à la CFDT et à l’UNSA, et de la CFTC. Les travaux du congrès ont particulièrement porté sur la gouvernance économique européenne, l’emploi et la réglementation financière, un modèle social européen engagé vers l’égalité et la cohésion sociale. Certains sujets ont fait débat, comme le développement durable, qui induit pour bon nombre de militants allemands et d’Europe du Nord des choix énergétiques excluant le nucléaire, ou celui du salaire minimum, dont le principe ne fait pas l’unanimité au sein de la CES. La mobilité des salariés, la santé et la sécurité au travail, le dialogue social et ses différents niveaux d’intervention ou encore la perspective d’une « mondialisation juste » ont également été au menu des travaux du congrès.

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L’actualité politique et syndicale européenne a orienté les thèmes de plusieurs débats : quel avenir industriel pour l’Europe ? Comment limiter l’impact de la crise financière sur les travailleurs ? Comment faire face à l’inégalité en temps de crise ? Quelle relation établir entre les logiques du marché unique et les droits des salariés ? La question des relations avec les pays riverains de la Méditerranée a également été abordée sous l’angle des migrations massives de personnes fuyant les troubles de leur pays d’origine du Maghreb ou du Moyen-Orient. Enfin, les moyens de l’action syndicale ont également été abordés, en particulier pour débattre de la posture du mouvement syndical à l’ère de Facebook et de Twitter.

Comment concilier rigueur et Europe sociale ?

Le consensus qui s’est à peu près établi entre les gouvernements des pays européens et la Commission sur les moyens de traiter la crise pose un épineux problème à la CES. Favorable à l’unification européenne, l’organisation a milité très tôt pour que la construction européenne passe par l’adoption d’un « modèle social européen » combinant une croissance économique durable et une hausse des standards sociaux : plein emploi, égalité des chances, protection sociale, dialogue social et participation des citoyens aux décisions. La crise économique et financière a globalement conduit à l’inverse. Partout, les gouvernements mettent en place des plans d’austérité et de réduction des dépenses publiques. L’Union européenne, pour sa part, tente de coordonner ces politiques nationales en forgeant un système de gouvernance économique dont les effets pèseront en défaveur du principe d’autonomie dans la négociation collective. La CES s’inquiète donc, à juste titre, pour les salaires, les services publics et les emplois précaires.

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Le « Manifeste d’Athènes »

Ces sujets ont été considérés comme si important que le congrès les a repris dans un texte, le « Manifeste d’Athènes », qui constituera la feuille de route de la CES pour les quatre prochaines années. Dénonçant avec force le « Pacte euro-plus » qui actualise le Pacte européen adopté à Lisbonne en 2007, la CES refuse de voir s’installer une politique de bas salaires, un rejet de la négociation centralisée ou un encadrement constitutionnel de la dette et des dépenses publiques (projet actuellement en chantier en France). Elle en appelle au contraire à un « New deal européen pour une gouvernance économique européenne au service des peuples européens et non des marchés » (extrait du « Manifeste d’Athènes). Sur certains points, la CES préconise des recettes qui s’inscrivent dans la continuité de la construction européenne. Elle plaide pour une réforme énergétique en faveur de l’environnement ou pour la poursuite de l’élargissement à la Turquie et aux pays des Balkans. Sur d’autres thèmes, elle se situe à rebours de la logique actuelle : elle revendique une action législative contre le dumping social, une mise en règle des pratiques des agences de notation, une extension des droits des salariés dans la gouvernance de l’entreprise, l’adoption d’une réglementation du temps de travail qui protège la santé des salariés ou encore l’adoption d’un droit de grève européen sur les questions transnationales.

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Une Française à la tête de la CES

Le congrès a confié à une française, Bernadette Ségol, le soin de mettre en œuvre ses orientations, en lui confiant le secrétariat général. Agée de 62 ans, mère divorcée de 4 enfants, Bernadette Ségol est diplômé d’un master en philosophie de l’Université de Toulouse obtenu en 1972. Partie à Bruxelles chercher un stage, elle n’a plus quitté la capitale européenne. Entrée en 1974 comme assistante du secrétaire général au sein de la Fédération internationale des travailleurs du textile, elle a pris en 1985 la direction de la fédération Euro-FIET (commerce, finance, technologies de l’information) et est entrée au Comité exécutif de la CES. En 2000, sa fédération fusionne avec celle des télécoms, celle des médias et du spectacle, et celle des industries graphiques, pour fonder UNI-Europa, une nouvelle fédération couvrant 13 secteurs d’activité et représentant 7 millions de salariés au travers de 330 syndicats affiliés. A cette occasion, elle troque son statut de directeur pour celui de secrétaire générale, élue une première fois en 2000 et réélue en 2003 et 2007 à la tête de UNI-Europa.

L’élection à la tête de la CES d’une Française n’ayant jamais adhéré à un syndicat français a fait grincer quelques dents. Sa conception de l’action syndicale est de négocier beaucoup pour obtenir un peu. Femme de dialogue et non d’affrontement, elle a déclaré installer son mandat dans la continuité de celui de son prédécesseur John Monks. Pourtant, ce dernier, élus secrétaire général en 2003, avait assez sensiblement modifié son style d’action, en lançant des journées d’action en 2003 et 2004, des euro-manifestations en 2005, 2006 et 2008 à l’occasion de sommets de l’Union européenne, puis en 2009 à quatre reprises pour combattre la crise, et une dernière en 2010 contre l’austérité. Sa compréhension de la CGT s’était peu à peu affirmée. Dans son dernier éditorial de la Newsletter de la CES, John Monks a d’ailleurs tenu à saluer Joël Decaillon, représentant de la CGT auprès de la CES, pour sa « longue et éminente carrière syndicale en France et dans l’UE ». L’Humanité du 20 mai 2011 n’a pas manqué de signaler que la CGT, avec le DGB allemand et la FGTB belge, « poussent pour continuer dans la lignée du deuxième mandat de John Monks, qui a multiplié les appels à résister et à manifester, ce qui n’est pas la culture syndicale première de la nouvelle secrétaire générale ».

Une équipe européenne renouvelée et féminisée

Pour continuer à mettre en œuvre au sein de la CES sa méthode des petits pas, face à la pression interne de certaines organisations, Bernadette Ségol pourra compter sur les membres du secrétariat élu en même temps qu’elle. Il s’agit d’une équipe presque entièrement renouvelée et féminisée de six membres : Patrick Itschert, Belge, est le secrétaire général de la Fédération internationale des travailleurs du textile où Bernadette Ségol a débuté sa carrière, Jozef Niemiec est un Polonais issu de Solidarnosc, Judith Kirton-Darling est une Britannique née en Tanzanie conseillère de la Fédération européenne des métallurgistes, Claudia Menne est une Allemande en charge de l’égalité homme-femme au DGB, Veronica Anna-Maria Nilsson, Suédoise, a travaillé à la Fédération européenne des services publiques et Luca Visentini est un syndicaliste italien. Pour finir, le congrès a donné un gage aux tenants d’un syndicalisme de confrontation en élisant au poste honorifique de Président de la CES l’espagnol Ignacio Fernandez Toxo, secrétaire général du syndicat CC-OO (commissions ouvrières), historiquement lié au mouvement communiste espagnol, mais aujourd’hui installé sur une ligne de plus en plus réformiste.



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