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23 octobre 2000
Quelle pourrait être l’action du gouvernement pour les mois à venir ? Quelles pourraient en être les conséquences pour les entreprises et pour les relations sociales ? 1- La situation politique et économique1) La côte du Premier ministre vient de chuter brutalement dans l’opinion comme l’attestent tous les sondages. Jusqu’ici M. Jospin pouvait se féliciter d’un double record par rapport à ses prédecesseurs : un pourcentage de bonnes opinions très élevé et une popularité qui se maintenait intacte après trois ans de gouvernement, comme si elle était à l’abri de ce phénomène quasi mécanique de l’usure du temps. Et la chute aujourd’hui bat à son tour des records par sa brutalité et sa rapidité ; plus forte qu’Edith Cresson dit-on. 2) Au fil du temps, nombre de " poids lourds " sont partis du gouvernement : Dominique Strauss-Kahn, Claude Allègre, Jean-Pierre Chevènement, bientôt Martine Aubry. 3) Le gouvernement est pratiquement au deux tiers de la législature, et compte tenu du calendrier institutionnel, les fenêtres de tir pour opérer de grandes réformes sont désormais réduites. Pour mémoire, les échéances importantes vont être les suivantes :
4) Plusieurs projets importants sont engagés par le gouvernement et le parlement, qui n’ont pas encore abouti : l’épargne salariale, la loi fourre-tout dite de modernisation sociale, les 35 heures dans les PME, la réforme de l’assurance maladie, etc... 5) Les données économiques sont bonnes, même si quelques signaux d’alerte font craindre un ralentissement de la croissance (hausse des prix des carburants, dépréciation excessive de l’Euro, risque d’inflation, turbulences de la balance du commerce extérieur, difficulté de certaines professions à trouver de la main-d’œuvre) - le paradoxe français du chômage élevé et de la main-d’œuvre rare - :
6) Revigorée par les bons résultats économiques du pays et aussi par la chute de Lionel Jospin dans les sondages, la gauche plurielle au gouvernement s’agite de nouveau et resserre son étreinte à l’égard du premier ministre, redevenant plus pressante dans ses exigences parfois contradictoires (sur le problème du prix du carburant, les communistes et les verts ont des positions radicalement contraires). 7) Plus que jamais, une partie non-négligeable de l’opinion semble considérer qu’un bon gouvernement est celui qui s’occupe de tout et qui fait sans cesse des changements, autrement dit des lois dans un domaine ou dans un autre. Comment dans ce contexte, le premier ministre peut-il tenter de reprendre la main et de se sortir de l’ornière ? A l’évidence, il lui faut pour cela se demander pourquoi ça marchait si bien jusqu’ici et pourquoi la chute ? 2- Pourquoi Lionel Jospin a-t’il conservé jusqu’à ce jour un niveau aussi élevé d’opinions favorables ?1) L’expérience récente des gouvernements qui se sont succédés à la tête du pays montre qu’il y a deux façons pour un Premier ministre de perdre la faveur du public :
2) Autrement dit, avec l’objectif probable de devenir Président de la République, et instruit par les déboires de son prédécesseur Alain Juppé, M. Jospin avait finement abordé son action au gouvernement avec la stratégie suivante :
3) Jouer sur la durée impliquait trois éléments :
4) Gouverner sur une position d’équilibre signifie pour M. Jospin d’arbitrer en permanence entre de multiples sollicitations opposées, par exemple :
5) Pour assurer ces équilibres, le Premier ministre disposait jusqu’ici d’atouts non-négligeables :
6) Un dernier point : dans la perspective d’une candidature à l’élection présidentielle, et du deuxième tour de cette élection, M. Jospin sait qu’il doit gouverner de manière à gagner les 3% ou 4% d’un électorat centriste fluctuant, sachant que la gauche râle contre les dérives centristes du candidat socialiste, mais se montre malgré tout disciplinée dans les scrutins opposant un candidat de droite et un candidat de gauche. Ce souci n’est sans doute pas totalement étranger à certains infléchissements actuels de la politique du gouvernement en direction des classes moyennes comme les baisses d’impôts en direction des ménages, prévues de 2001 à 2003. 3- Pourquoi la chute brutale de popularité du premier ministre ?Il semble qu’on puisse l’attribuer pour l’essentiel à 3 causes :
1) La gestion de la question Corse représente un faux pas dans la gestion de l’équilibre,et montre que le gouvernement par le coup de pouce donné à chaud à chaque corporatisme qui bouge présente deux risques :
2) la hausse du prix des carburants. Devenue insupportable, l’augmentation du prix de l’essence révèle brusquement la part énorme des taxes. Et le gouvernement parait y répondre par des mesures ridicules et offensantes comme la suppression de la vignette, ou de manière insuffisante (TIPP flottante), 3) Face à l’aspiration forte de profiter des fruits de la croissance, le gouvernement est jugé coupable :
4- Alors, comment dans ce contexte, le premier ministre peut-il tenter de reprendre la main et de se sortir de l’ornière ?1) Rectifier au plus vite le tir pour tout ce qui apparaît comme un faux pas dans la gestion de l’équilibre :
2) S’appuyer plus que jamais sur la durée en évitant désormais les sujets qui fâchent et en faisant le gros dos. On peut faire l’hypothèse qu’aucune grande réforme autre que celles déjà annoncées ou engagées - et certaines sont suffisamment porteuses de risque - n’interviendra avant la fin de la législature. Oubliée la deuxième étape ; on fera profil bas. Ainsi, le dossier des retraites a-t’il été programmé pour ressortir seulement lorsque le Conseil d’orientation des retraites aura rendu son premier rapport bisannuel... après les élections de 2002. 5- Quelles conséquences pour les entreprises et les relations sociales ?1) En succédant à Martine Aubry au ministère de de l’emploi, Elisabeth Guigou devrait s’attacher davantage à calmer le jeu avec les partenaires sociaux qu’à ouvrir de nouveaux fronts. Les priorités pourraient être de sortir du bourbier de l’assurance-chômage et de restaurer les relations avec la CFDT et le Medef. C’est du reste, le jour même de sa prise de fonctions le 19 octobre, le sens de la déclaration de Mme Guigou au micro d’Europe1 : " J’ai une méthode de travail : j’écoute beaucoup. Je pratique énormément la concertation (...). Je vais d’abord écouter avant de parler ". 2) La montée des revendications salariales dans l’entreprise ne sera vraisemblablement pas découragée par le gouvernement. Toute amélioration des salaire le soulagera de la demande d’un meilleur partage de la croissance. Et dans le contexte actuel, il ne sera pas fâché de voir se détourner les coups vers d’autres cibles et se relâcher la pression qu’exercent sur lui au sein de la majorité plurielle les communistes, la gauche socialiste, etc... 3) Parmi les projets en cours, auront des conséquences pour les entreprises : - le projet relatif au travail précaire (printemps 2001, à moins que les partenaires sociaux n’aient pris des mesures) ; - la loi fourre-tout dite de modernisation sociale (pourrait contenir des mesures sur les licenciements et le travail précaire). La reproduction de cet article est possible, sans frais, en mentionnant la source et l’adresse internet de notre site. L’autorisation écrite préalable de la rédaction est nécessaire (info@istravail.com) |