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26 avril 2007
Les élections politiques vont installer aux postes de commande un nouveau président de la République, un nouveau gouvernement, une nouvelle Assemblée nationale. La conduite des affaires publiques exige un diagnostic de la société française actuelle. Pour établir ce regard sur nous-mêmes, l’appel à des spécialistes internationaux s’avère utile. L’élection présidentielle et les élections législatives constituent, pour l’essentiel, un exercice de politique intérieure. Rendus prudents par les résultats du référendum sur l’Europe en 2005, les partis politiques et les candidats n’auront guère montré leur ardeur à parler d’abondance des questions européennes et internationales. C’est à peine si, en pleine campagne présidentielle, les cinquante ans du Traité de Rome - conclu en 1957 - ont fait l’objet de déclarations, de quelques articles de presse... et d’un timbre poste. ![]() Cette prudence à situer le débat politique français dans le contexte international révèle t’elle une certaine inquiétude, voire un certain repli de notre pays sur lui-même ? Depuis la publication de différents ouvrages sur le déclin de la France (exemple : "La France qui tombe", par Nicolas Baverez, Perrin, 2003) et les réactions qui se sont exprimés depuis en sens opposé, les débats se sont développés sur les atouts et les faiblesses de notre pays. Deux ouvrages viennent de paraître, qui procèdent de la même inspiration : demander à des observateurs étrangers de donner leur appréciation de la situation française. Le premier a été rédigé par quinze correspondants de presse étrangère : "Désirs de France : 15 regards étrangers sur la campagne" (Ed. Michalon, 200 pages, 2007). Le second livre "Regards sur la France" est plus solide encore et plus pénétrant. Sa confection a demandé plus de trois années de travail, permettant de faire converger le regard de trente spécialistes internationaux : anciens chefs d’Etat, économistes, chefs d’entreprise, historiens, experts, écrivains, etc. Les signatures sont nombreuses, de Vaclav Havel à Vladimir Fedorovski, de Bronislaw Geremek à Boutros Boutros-Ghali, ou encore de Klaus Schwab à Edward Saïd. - La France n’est pas bloquée -Dans leur introduction et leur conclusion, les deux directeurs de cet important ouvrage (648 pages), Karim Emile Bitar et Robert Fadel soulignent que "les retards de la France, s’ils existent, sont beaucoup moins importants que ne l’affirment les théoriciens du déclin". Mieux encore : "La France n’est pas bloquée". Excès d’optimisme ? Assurément pas. Les regards portés depuis l’étranger sur notre pays ne sont pas toujours tendres, même s’ils ne manquent pas d’humour, à l’image du journaliste canadien Louis-Bernard Robitaille sur "le grand secret : les Français et l’argent". Mais ces regards sont confiants : "Nous voyons dans cet ouvrage non seulement un vecteur pour faire passer au peuple français un certain nombre de messages venant de l’étranger, mais aussi un moyen de renforcer les liens, passionnels, parfois même charnels et fusionnels, entre la France et les francophiles du monde entier" affirme Karim Emile Bitar. - La force de l’Etat-providence -Son observation sur "le luxueux système de protection sociale" est reprise et développée par Jonah Levy, professeur de sciences politiques à Berkeley, qui rappelle que "la France a longtemps été tenue, avec le Japon, pour l’archétype de l’économie dirigée par l’Etat". Les initiatives de l’Etat en matière d’emploi (retraites anticipées) et de protection sociale (RMI, CMU, APA) sont permanentes et transcendent les clivages de partis. Cette force de l’Etat - providence décrite par l’auteur (grand spécialiste de Tocqueville) pèse lourd sur le pays, alors que les institutions extérieures à l’Etat central se montrent impuissantes à assumer des responsabilités nouvelles. ![]() Regards sur la France. Trente spécialistes internationaux dressent le bilan de santé de l’Hexagone, sous la direction de Karim Emile Bitar et Robert Fadel, Le Seuil, 2007, 648 pages, 30,-€ La reproduction de cet article est possible, sans frais, en mentionnant la source et l’adresse internet de notre site. L’autorisation écrite préalable de la rédaction est nécessaire (info@istravail.com) |