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12 octobre 2007
Bras de fer ou surchauffe ? La manifestation du 13 octobre pour la reconnaissance de la pénibilité du travail et surtout la grève annoncée le 18 octobre dans les transports s’annoncent comme un moment de vérité pour les réformes et les négociations en cours. Cela va permettre de compter les forces en présence, de mesurer la détermination de chacun, de tester en grandeur réelle l’efficacité de la méthode Sarkozy dans le domaine social. La méthode des réformes à l’épreuveCette méthode peut se décrire selon le triptyque suivant :
![]() Transformation du syndicalismeLa mise à l’épreuve n’est pas seulement celle de l’équipe au pouvoir. D’une certaine manière, le syndicalisme aussi - surtout les confédérations traditionnelles - se trouve interpellé le 18 octobre. On rappellera que les syndicats sont devenus, dans une large mesure, des entreprises de militantisme, avec leurs professionnels - permanents souvent mis à disposition par les fonctions publiques ou entreprises à statut -, disposant de ressources d’origine pas toujours transparente mais assez abondantes. Du coup, les syndicats n’ont plus besoin de faire de prosélytisme, ni même de convaincre. Ils n’ont pas besoin de beaucoup d’adhérents. Ils existent en tant qu’institutions reconnues par la loi. Cela explique pour beaucoup la faiblesse de la syndicalisation en France. De leur côté, les salariés ne s’intéressent pas beaucoup aux syndicats. Les divisions syndicales, la politisation ou l’absence d’avantages spécifiques pour les adhérents expliquent ce désintérêt. Les salariés ne se tournent vers les syndicats que lorsqu’ils sont confrontés à des difficultés professionnelles, lorsqu’ils sont dans une impasse, lorsqu’ils ont certains intérêts - souvent personnels - à faire valoir. Mais les syndicats se montrent rarement enthousiastes face ces adhérents aux exigences trop précises. Ils déclarent plutôt rechercher des adhérents qui ont de fortes convictions. Curieusement, la grève du 18 octobre paraît les mettre mal à l’aise. Seraient-ils convaincus par la nécessité des réformes ? Ne craignent-ils pas plutôt de perdre beaucoup en s’engageant trop précisément. Ils préfèrent finalement miser le minimum sur un mouvement qu’ils semblent tout autant redouter que le pouvoir politique. Par exemple, on est étonné qu’à quelques jours du mouvement, la CGT n’annonçait toujours pas la grève du 18 octobre sur son site confédéral. Des dirigeants fédéraux faisaient même preuve de beaucoup de discrétion. Même le secrétaire confédéral, interviewé par le journal Les Echos le 4 octobre sur la grève annoncée préférait buter en touche... et privilégier l’appel à manifester pour la reconnaissance des métiers pénibles, le 13 octobre. Il est vrai que la CGT veut porter un regard plus global sur la réforme des retraites et ne veut pas apparaître camper sur la défense de régimes particuliers, qui apparaîtraient inéquitables aux yeux de l’opinion. Finalement, une grève dite « carrée » semble un bon compromis pour beaucoup : 24 heures de grève, pas plus mais pas moins. Une sorte de baroud d’honneur... ou un soupir... avant de discuter de la question de la représentativité et des moyens du syndicalisme. ![]() Les jeunes salariés en arbitreCes dernières années, les entreprises à statut - directement concernées par les régimes spéciaux de retraite - ont beaucoup renouvelé leur personnel. Le 18 octobre, beaucoup dépendra de l’attitude et de la détermination de ces nouveaux salariés. Le principal changement par rapport à 1995 se trouve probablement dans ce renouvellement générationnel. L’impact de ce dernier sera d’autant plus important que les syndicats ne parviennent guère pour ce qui les concerne à échapper au papy boom. Avec les jeunes, la rencontre intervient en effet plus difficilement qu’autrefois. Non pas que le syndicalisme soit devenu plus impopulaire à leurs yeux. Mais celui-ci est surtout moins visible, absorbé par de multiples tâches institutionnelles (et surtout réduits à des militants qui font carrière). Dès lors, le syndicat n’est plus un vecteur d’identité professionnelle comme autrefois. De surcroît, les plus jeunes ne se reconnaissent guère dans l’histoire du mouvement ouvrier et les logiques qui ont conduit à l’éclatement du paysage syndical leur échappent. Il y a chez eux une forte demande d’unité et des attentes très ciblées à l’égard des syndicats. Des mouvements plus ou moins sporadiques de rage collective restent toutefois possibles. Qu’en sera-t-il le 18 octobre et dans les jours suivants, face à un enjeu - la retraite - qui peut leur apparaître relativement lointain et théorique ? A lire aussi dans les Etudes sociales et syndicales :
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