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  • Bernard Vivier

Retraites: des chiffres et des dettes

Tension sur les retraites. L’annonce par Elizabeth Borne, Première Ministre, le 10 janvier d’une importante réforme des retraites provoque une vive réaction de l’ensemble des huit grandes organisations syndicales en France. Si cette réforme ne se faisait pas, la responsabilité des syndicats serait aussi grande que celle du gouvernement. Une régulation où les partenaires sociaux gèrent entre eux, paritairement, les retraites ou l’assurance-chômage, est source d’une vie sociale et politique apaisée.


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La réforme des retraites doit être conduite. C’est une question de chiffres et de dettes.

Une dette financière d’abord. Si rien ne change, le système est condamné à un déficit considérable dans les prochaines années : près de 20 milliards dans dix ans, sans compter les déficits cachés des pensions des fonctionnaires. Notre système est généreux et c’est bien. Il est aussi coûteux: 14% de notre PIB, le double de la moyenne des pays de l’OCDE. Nous ne pouvons pas laisser filer la dette.



Mais la dette financière n’est pas la seule. C’est la dette envers les générations à venir qu’il faut redouter. Le ratio cotisants/ retraités s’aggrave: en 1960, 4 cotisants pour 1 retraité; en 2000, 2 cotisants toujours pour 1 retraité; en 2040, 1,5 cotisant. L’avenir nous regarde déjà. En 2040, un Français sur quatre aura 65 ans ou plus. Les générations futures risquent de ne plus pouvoir ou ne plus vouloir assumer le système actuel de retraite par répartition, qui exprime une belle solidarité entre générations.


- Une réforme administrée comme un lavement -


La responsabilité des syndicats est grande. Ne pas s’engager dans la réforme au motif d’un déficit de concertation ne tient pas. Cela fait cinq ans que l’on en parle, depuis la nomination de Jean-Paul Delevoye en septembre 2017, le diagnostic étant connu depuis 1991 avec le rapport Rocard. Si l’on n’allonge pas le temps passé au travail, il faudra baisser les pensions et/ou augmenter les cotisations. Ou bien encore basculer vers des retraites par capitalisation, que les syndicats ne veulent pas.

La responsabilité du pouvoir politique n’est pas moins grande. Une réforme aussi sensible et importante demande de ne pas être « administrée » aux partenaires sociaux comme on administrerait un lavement. A ignorer les corps intermédiaires, le gouvernement les prive de leur rôle de gestionnaire du social et de leur rôle de régulation des inquiétudes et des passions sociales. Il sera alors temps de gloser indéfiniment sur l’obsolescence des syndicats et sur la montée des gilets jaunes, des corporatismes et des populismes !

Chez les syndicats de construction sociale, le mot d’ordre « faire reculer le gouvernement » exprime en grande partie un besoin de reconnaissance et de considération, peut-être plus qu’une hostilité farouche à toute réforme des retraites.


- Efficacité du paritarisme -


L’Elysée a bien évidemment mesuré le risque d’une confrontation avec les syndicats. Il est possible que le calcul ne soit pas à son désavantage. Nous le verrons vite. Mais il est tout aussi utile de mesurer l’avantage d’une régulation sociale où les acteurs sociaux -patronat et syndicats- ont la responsabilité de gérer entre eux, paritairement, le social : retraites, assurance-chômage, formation, logement, etc. Leur liberté en ces domaines, assortie de façon claire de l’exigence d’une gestion équilibrée, est source d’une vie politique et sociale apaisée.

Rappelons que les retraites complémentaires ont toujours été bien gérées par ceux qui les ont faites naître, en 1947 pour les retraites-cadres, en 1961 pour les retraites non-cadres.

Patronat et syndicats ont une expérience, une expertise, un sens de l’avenir pour parler de ce qui se passe dans les entreprises. Parler de fins de carrière, de pénibilité, de carrières longues ou d’emploi des seniors : autant de sujets pour des négociations de branche et d’entreprise. L’Etat a déjà bien assez à faire à gérer ses 5,6 millions de fonctionnaires pour ne pas donner des directives aux acteurs du secteur privé.

A trop vouloir s’occuper de ce qui ne le regarde pas, l’Etat gère la vie sociale plutôt que de la garantir. Il sort de son rôle, de sa compétence, de sa capacité même à être efficace. Qui le lui dira? «Sutor ne supra crepidam» dit l’adage latin. Cordonnier, fais tes chaussures (et rien d’autre). Dans un langage familier, on dit aussi: «A chacun son métier et les vaches seront bien gardées». C’est la subsidiarité.

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